Ce coeur qui haïssait la guerre...

 

Ce coeur qui haïssait la guerre voilà qu'il bat pour le combat et la
bataille!
Ce coeur qui ne battait qu'au rythme des marées, à celui des saisons, à
celui des heures du jour et de la nuit,
Voilà qu'il se gonfle et qu'il envoie dans les veines un sang brûlant de
salpêtre et de haine
Et qu'il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent
Et qu'il n'est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et
la campagne
Comme le son d'une cloche appelant à l'émeute et au combat.
Écoutez, je l'entends qui me revient renvoyé par les échos.
Mais non, c'est le bruit d'autres coeurs, de millions d'autres coeurs
battant comme le mien à travers la France.
Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces coeurs,
Leur bruit est celui de la mer à l'assaut des falaises
Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot
d'ordre:
Révolte conte Hitler et mort à ses partisans!
Pourtant ce coeur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
Et des millions de Français se préparent dans l'ombre à la besogne que
l'aube proche leur imposera.
Car ces coeurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme
même des saisons et des marrées, du jour et de la nuit.

 

Poème signé sous le pseudonyme Pierre Andier, publié le 14 juillet 1943 dans la revue L'Honneur des poètes.

Voir également la page sur la mort de Desnos et sur l'allocution prononcée par Paul Éluard pour souligner le retour des cendres du poète à Paris en 1945.

 


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